our la pochette de son dernier album, Marilyn se met au naturel : exit l'éternel oeil opalin et le grimage clownesque, c'est le visage dégagé que Manson endosse l'uniforme d'un militaire tatoué et enturbanné de rouge. The High End Of Low, 7e opus du chanteur, est annoncé pour le 26 mai prochain chez Polydor, avec un clip de I Want To Kill You Like They Do In The Movies, qui promet, dixit l'artiste, d'être "très sadique" : "Cela se résume essentiellement au meurtre, au sexe, à la mort, à la fin..." Toujours poétique, Manson ne change donc pas ses thèmes de prédilection. Néanmoins, The High End semble un peu plus inspiré que le dernier Eat Me, Drink Me, sorti en 2007, quatre ans après The Golden Age Of Grotesque, lequel contenait encore quelques tubes, dont Mobsene ou This Is The New Shit. Les fans ont déjà pu découvrir sur le site un We're From America aux riffs galvanisants, mais qui ne restera sans doute pas dans les annales, de même que Arma-God-Damn-Mother-Fukin-Geddon (qu'on se passera de vous traduire), diffusé depuis le 13 avril sur les ondes. Le magazine métal Hammer décrit ce nouvel album comme une réminiscence de l'industriel Mechanical Animals (1998), notamment avec les titres Devour, Four Rusted Hourses et Arma-Geddon. Leave a Scar fait la belle promesse d'être "émotionnel", et White Spider fortement influencé par Trent Reznor, qui avait produit le mystique Antichrist Superstar (1996). Les influences métal de cet album planent d'ailleurs sur The High End, qui marque le grand retour de Twiggy Ramirez, bassiste encore plus déjanté que MM...
Né d'une union contre nature
Marilyn Manson, miroir difforme et déformant de la société actuelle, s'acharne à pousser les excès à outrance, devenu le Warhol du rock, la Monroe du grotesque, l'Alice Cooper dernière génération, le Burton de la scène gore, musée des horreurs d'une société édulcorée. Né d'une union contre-nature entre l'icône du glamour Marilyn Monroe et le sanguinaire Charles Manson, Brian Warner, de son nom de jeune fille, a su rassembler les contraires pour proposer une caricature des temps modernes. Les références à Dieu deviennent des odes à Satan, il célèbre la laideur, habillé en femme, et se joue de l'image nazie pour cracher la confiture aux cochons... Celui qui avait commencé à s'exprimer dans la poésie proposait à ses débuts dans la musique un univers grand-guignol inspiré de Kiss et The Rocky Horror Picture Show, avant de rapidement saisir que le gore n'était plus un genre fictionnel, mais devenu réalité à travers les médias. Il fallait donc vraiment devenir méchant. La chauve-souris décapitée par Ozzi Osbourne, F*** prince of darkness à la retraite, fait pâle figure à côté des fans de MM qui se signent à coup de scarifications célébrant leur idole, d'autres proférant des menaces de massacres sur leur blog, sur fond de The Death Song.
Marilyn, superstarfucker
Photographié par David Lachapelle, Floria Sigismondi ou Pierre et Gilles, filmé par Michael Moore, David Lynch ou Fenton Bailey et Randy Barbato dans le film ovni Party Monster, le chanteur, très décrié et souvent désigné comme l'antéchrist absolu dans une société bien-pensante, s'est hissé au rang de star mondiale depuis l'appui de Reznor, qui a accepté de financer son premier opus à succès, Antichrist Superstar. Les deux rocks-stars s'étaient d'ailleurs crêpé le chignon après que MM eut lâché quelques cancans sur le leader de Nine Inch Nails, qui avait riposté par un explicite "Starfuckers". Bowling for Columbine a révélé en 2002 l'intello qui se cachait derrière le clown, accusé d'avoir inspiré par sa musique les pulsions meurtrières des ados responsables du carnage. Force a été de constater, même pour les plus réticents, que Marilyn envoyait valser toutes les accusations dont il était la cible, avec une certaine classe et intelligence qu'on lui soupçonne peu sur scène, lorsqu'il fait mine de chevaucher un Twiggy en mini-jupe... Il avait alors tenu un discours étonnant de perspicacité, surtout après les propos de Charlton Heston, alors président de la NRA, au verbe peu convainquant. Le mauvais garçon a fait la lumière, avec lucidité et éloquence, sur sa vision d'une société dont il est parvenu à tirer son profit à merveille. Discours ironique et décalé que ses pieux détracteurs, autant que ses (très) jeunes ouailles, ne semblent avoir compris... Adulé autant qu'honni, cet homme d'affaires, s'il incarne l'antéchrist ou fait référence aux symboles nazis, met en exergue la formidable capacité de la foule à idolâtrer un meneur autant qu'à en faire son bouc-émissaire, sans aucune réflexion.
Si beaucoup ont délaissé Marilyn sur le trottoir de la perversité, pris d'une nausée monumentale, las d'en manger et d'en boire et de filer un euro la minute pour des concerts qui en font 45 sans rappel, les mesquineries du chanteur ne doivent pas faire oublier les qualités musicales du rockeur, qui a chanté The Beautiful People et repris Sweet Dreams.